samedi 9 juin 2018

Critique de Sans Un Bruit


"Une ampoule qui grille? Une baignoire? J'SUIS TROP JEUNE POUR MOURIR!"


Petit aparté: Je n'ai pas été convaincu, mais alors pas du tout, par Jurassic World: Fallen Kingdom, un gâchis mis en scène avec brio mais écrit avec les orteils d'un lépreux au cerveau dévoré par l'appât du gain. 
Mettons donc en lumière un film qui, avec un budget tout pile dix fois inférieur à la bouse de brachiosaure sus-mentionnée, propose sans doute dix fois plus de bonnes idées pour faire exister sa tension dramatique. 

Oui, j'ai mal à mon Jurassic Park.


"Va chercher bon film !"


Notre histoire débute 89 jours après qu'une catastrophe inexpliquée ne réduise l'Amérique (et peut-être le monde entier) à l'état d'un immense territoire déshumanisé, dans lequel une poignée de survivants vivent dans un silence forcé pour éviter d'attirer l'attention de créatures hideuses et indestructibles. Des monstres aveugles, attirés par le bruit...

En raconter plus serait vous priver de tout le sel de cette oeuvre, bien qu'on ne vous spoilera probablement pas en disant que la tension y grimpe très rapidement.
Et, même si la légèreté garde un peu de place pour nous sortir les ongles de nos accoudoirs, le metteur en scène est résolu à nous faire réagir et prouve qu'il extrêmement doué à ce petit jeu.

Du cinéaste parlons-en brièvement: après avoir fait ses armes aux manettes de deux modestes comédies, John Krasinski saute à pieds joints dans la cour des grands (malgré un budget modeste) en s'attaquant au genre du thriller horrifique; un grand saut fait derrière et devant la caméra puisqu'il campe également le personnage principal de Sans Un Bruit, accompagné de sa talentueuse épouse Emily Blunt, qui livre certainement sa plus belle composition, ex-aequo avec sa performance dans Sicario



Ils sont beaux et talentueux...énervant hein?


Si Sans Un Bruit n'est pas l'unique film bâti autour du silence, Krasinski est certainement le premier à en tirer la quintessence de façon aussi ingénieuse; ainsi, même la plus banale des actions, telles que faire la lessive, partager un repas ou encore déambuler sur un parquet grinçant sèment un stress permanent
Quoi de plus normal quand le plus petit des bruits peut sonner le glas de votre existence? Et c'est sans même évoquer les réflexes humains comme le rire, le pleur ou le cri de douleur...

Aussi, l'oeuvre fait-elle un boulot remarquable pour placer ses personnages dans des situations de plus en plus effroyables qui, sans la prestation cinq étoiles du casting, auraient parfois pu virer au comique involontaire. 
Et même si Krasinski laisse sagement les monstres hors-champ (ils sont seulement entr'aperçus dans les deux premiers actes) pour mieux faire peser leur ombre sur l'ensemble du long métrage, les effets visuels se révèlent percutants quand nous les voyons enfin pour de bon. 
Leurs facultés auditives et meurtrières couplée à la quiétude (apparente) verdoyante des environnements parleront d'ailleurs aux fans du chef-d'oeuvre vidéoludique The Last of Us.


The Last of Us ou... Sans un Bruit?


Poursuivons dans le domaine des influences et références puisque Sans Un Bruit vous fera immanquablement penser aux meilleurs plans de Signes (oui, il y en a!), mais aussi à Alien(s) ou encore à Jurassic Park lors d'une scène bien précise, pour boucler la boucle ;). 
On se surprend même à penser que ce film aurait pu être une bonne suite au second Cloverfield, en lieu et place de la farce Cloverfield Paradox...

Mais rester en dehors de toute franchise permet à Krasinski d'être libre de diriger son projet comme il l'entend et de manier la caméra avec une assurance déconcertante pour un quasi novice; certes, le jeune acteur-réalisateur se repose sur quelques jump scares faciles pour nous effrayer mais c'est surtout sa manière de distiller l'angoisse nous accompagnant durant tout le visionnage, bien aidé par un sound design exceptionnel, qui nous marquera au fer rouge.

En prenant le temps de nous faire vivre l'intrigue via différentes perspectives, juxtaposant brillamment les bruits ambiants qu'entendent les personnages au vide sonore qu'expérimente la seule fille malentendante de la famille (jouée avec très grande justesse par Millicent Simmonds), le metteur en scène tisse entre le groupe et le spectateur un lien émotionnel sans même avoir besoin de nous livrer le prénom des protagonistes.

Par ailleurs, c'est en déguisant ce drame familial en thriller horrifique que John Krasinski tape dans le mille: quoi de mieux qu'un problème de communication entre parents et enfants, le tout agrémenté d'une obligation de communiquer en langage des signes, pour susciter l'empathie
Comme les plus grands réalisateurs l'ont fait avant lui, il s'inspire de son vécu, de ses obsessions et phobies de jeune parent pour nous livrer une oeuvre très personnelle, où ses propres démons prennent vie, au sens littéral du terme.

Autre force du film, et non des moindres, c'est qu'il ne s'embarrasse pas d'explications sur les règles du monde qu'il dépeint. 
Tout est une question de détails et d'indices, plus ou moins apparents à l'écran, qui vont rendre l'expérience crédible sans que l'effort pour le faire ne soit ressenti; évoquons par exemple une partie de Monopoly où les pions sont remplacés par des babioles en tissu pour écarter tout risque sonore, ou encore un système d'alarme silencieux, basé sur un code couleur pour que chaque membre de la famille soit conscient du niveau d'alerte actuel. 
Sans Un Bruit fourmille de ce genre d'éléments qui régaleront ceux qui n'en peuvent plus des tunnels de dialogues présents pour nous exposer le "pourquoi-du-comment" dans 90% des productions hollywoodiennes actuelles.

Cela dit, le silence possède le défaut de ses qualités: il est en effet impératif de savourer cette oeuvre de grande classe dans une salle disciplinée sous peine de se voir ternir l'expérience : les bruits de popcorn, de sachets et autres commentateurs à la Thierry Roland et Jean-Michel Larqué sont à éviter comme la peste pour profiter de votre séance... plus que jamais.


"N'essaie même pas de commenter la scène, Jean-Mich..."


Puisqu'on parle "défauts", que peut-on réellement reprocher à Sans Un Bruit?
Sans conteste sa fin... qui aurait gagné à être plus percutante, plus marquante positivement parlant.
Après tout, le long métrage ne dure que 90 minutes et, ne boudons pas notre plaisir, nous serions bien restés un petit quart d'heure de plus en compagnie de cette attachante famille pour vivre un climax d'anthologie
On se contentera d'une résolution qui fait le job, efficace, sans plus.

En un mot comme en cent, foncez voir Sans un Bruit avant qu'il ne quitte les cinémas belges ou dès qu'il sort en salles françaises car le silence assourdissant du film de John Krasinski est à vivre devant le plus grand écran possible pour vous laisser aspirer par l'image. 
Parce que, comme l'a déclaré Stephen King: "Ce silence permet à la caméra d'ouvrir grands les yeux, ce que peu de films parviennent à accomplir d'une telle manière".

Note :  8 /10


Conseillé : A ceux qui cherchent à vivre une expérience qui sort du lot.

Déconseillé: A ceux qui ne supportent pas les films où le silence est d'or.




dimanche 8 avril 2018

Critique de Ready Player One (Sans spoiler)


Un chef-d'oeuvre à portée de main ?


Quoi de mieux qu'un film de Tonton Spielberg pour sortir Post-générique de son hivernation?

Il faut dire qu'à l'exception de janvier, où Aaron Sorkin permettait à Jessica Chastain de littéralement nous sortir Le Grand Jeu et Steven, lui-même, qui nous offrait un Pentagon Papers convaincant, 2018 n'a pas réellement démarré sur les chapeaux de roues d'une vrombissante Delorean.

Et soyons sérieux un instant, nous n'avons pas vraiment pu compter sur l'archi-convenu La Forme de l'Eau (néanmoins esthétiquement réussi)  pour envoyer la dose de rêve attendue. 
A moins que vous ne soyez branchés sexe inter-espèces mais comme disaient Les Inconnus:"cela ne nous regarde pas".

Revenons à nos moutons de pixels ou plutôt à cette claque qu'est l'adaptation de Ready Player One et balayons d'entrée vos doutes au regard des bandes-annonces : non, le film n'est pas une infâme bouillie d'effets visuels qui ne raconte rien. Oui, les FX sont au service de l'histoire et oscillent entre l'assez joli et l'époustouflant sur le produit final. Ouf.

Prenant place en 2045 à moitié à Columbus, Ohio, et à moitié dans un monde virtuel appelé l'OASIS, l'oeuvre suit l'histoire de Wade Watts (Tye Sheridan) durant sa recherche de l'Easter Egg (parfaitement de saison, donc) caché par le créateur de (et dans) l'OASIS lui-même, James Halliday (Mark Rylance).

D'ailleurs, totalement obsédés par la réalité virtuelle en guise d'échappatoire au monde réel à l'agonie, la plupart des humains chassent cet Oeuf, un trésor qui donnerait accès au contrôle total de l'OASIS ainsi qu'à une incommensurable fortune
Un pouvoir alléchant à ne pas mettre entre n'importe quelles mains...

Inutile de trop en dévoiler: il va sans dire que les péripéties sont légion dans cette quête qui nous fera voyager dans l'univers de Ready Player One; on peut même sentir d'emblée que Spielberg s'est fait violence pour faire rentrer toute l'exposition nécessaire à l'immersion dans cette réalité alternative
Mais, heureusement, le réalisateur visionnaire parvient rapidement à prendre pleinement contrôle du monde fourmillant de détails qu'est l'OASIS, où les seules limites sont l'imagination de chacun.

Alors oui, on peut déjà voir d'ici le public faire des arrêts sur image dans un futur proche pour saisir toutes les références à la pop culture qui sont faites dans le film et pourtant..pourtant Steven Spielberg ne s'écarte qu'assez peu de sa voie narrative pour faire des clins d'oeil gratuits. 

Il laisse plutôt cette culture s'entrechoquer à l'écran et fait même dire à l'un des protagonistes "d'oublier la moto" lorsqu'on lui parle de l'apparition du bolide d'Akira, nous conseillant ouvertement de suivre le parcours du personnage qui pilote au lieu de s'ébahir devant l'engin lui-même.

Ainsi, peu intéressé par l'idée de se livrer à une parade nostalgique ou autre foire à l'easter egg, le cinéaste met l'accent sur son héros qui a consacré sa vie à étudier celle d'un autre pour lui donner de la substance; Wade ne possède que peu de choses, mais il connaît tout sur son idole Halliday, ce dernier ayant laissé un immense héritage culturel et audiovisuel derrière lui (mais toujours rien pour David et Laura, puisque vous le demandez). 
Et bien que le scénario ne s'interroge jamais sur les obsessions de fans en tant que telles, il se demande jusqu'où "être fan" peut finalement mener. 

En d'autres termes, il ne s'agit pas d'un concours géant visant à désigner qui est le plus grand fanboy/-girl, mais plutôt de savoir ce que cet héritage culturel pourrait devenir entre les mains de ces fanboys/-girls.

Le film aurait donc difficilement pu faire mieux pour encourager les spectateurs à unir leurs forces pour être les créateurs de demain au lieu de se laisser brosser dans le sens commercial du poil.

Ready Player One prend par instants un malin plaisir à enjamber la clôture du fanboyisme sans jamais s'y prendre les pieds et c'est là qu'on reconnaît toute la maîtrise du metteur en scène quand il s'agit de raconter une histoire avec légèreté, peuplée de personnages attachants. 
Une atmosphère qui n'est pas sans rappeler l'appel à l'évasion modérée qu'était déjà Hook, avec son Pays Imaginaire et ses Enfants Perdus, mais aussi le côté plus terre-à-terre et techno-thriller de Minority Report

Ce dernier ayant quasiment fait l'unanimité à l'époque, les détracteurs de Hook pourront par contre s'en donner à coeur joie sur ce Ready Player One qui dégage le même manichéisme et la même innocence. 
Une candeur sans laquelle un spectacle estampillé Amblin n'en serait pas vraiment un.

Au détour de plans incroyables de dynamisme et d'inventivité, le créateur du tout premier blockbuster rappelle d'ailleurs que le sensationnel doit rester au service du divertissement et non l'inverse. 
Il met donc un point d'honneur à enterrer la majorité des grands spectacles de la décennie en cours, que ce soit lors des scènes les plus rythmées ou au contraire les plus intimistes, le bonhomme sait comment faire naître du pur fun au sens noble, à savoir jouissif et vecteur de frissons sans être régressif. 

Il réussit également à rendre la trame du roman d'Ernest Cline plus personnelle : comment ne pas voir en James Halliday le Steven des débuts, rêveur socialement inadapté, peu confiant avec la gente féminine?
Puis en Wade Watts le Spielberg qui évolue, tout aussi songeur mais plus proche des gens et plus à même de fonder une "famille".
Et enfin en Nolan Sorrento, l'homme d'affaires sans scrupule, la part productrice du cinéaste, celle qui a parfois dû faire preuve de roublardise pour vendre ses oeuvres coûteuses.
Steven Spielberg réunit effectivement une partie de ce trio en lui et cet autoportrait inédit frappera en plein visage tout amateur de sa riche carrière.

Pour autant, le scénario de Ready Player One demeure un édifice très ambitieux mais imparfait, laissant apparaître plusieurs ficelles conférant un gain temps : des personnages secondaires sous-exploités et quelques "heureux hasards" un peu plus visibles que dans d'autres divertissements du Maître.
Gageons toutefois que la réalité virtuelle, par analogie à nos réseaux sociaux, permettrait aux gens de se confier, de s'attacher et "d'aimer" plus rapidement que dans le monde réel. 
Sentiment totalement perceptible grâce au rythme effréné du long métrage.

Et que dire du travail d'Alan Silvestri sur la bande-originale? 

Amené cette fois-ci à remplacer l'immense John Williams (déjà occupé sur Pentagon Papers), le compositeur de Retour Vers le Futur et Forrest Gump joue la carte de la nostalgie et de l'auto-référence à plein régime.  
Il n'oublie cependant pas de proposer un joli thème tout neuf qui permet d'appuyer les remarquables prestations des acteurs principaux lors des scènes les plus touchantes de l'œuvre.

Pour conclure, il y a quelques années, Steven Spielberg déclarait que la formule du blockbuster était vouée à l'échec car devenue principalement mercantile et formatée par des faiseurs interchangeables .

Avec Ready Player One et à 71 ans au compteur, il remet les pendules à l'heure en rendant au genre ses lettres de noblesse; il nous offre ce superbe oeuf de Pâques en guise de Saint-Graal, une petite merveille au délicieux goût Amblin recélant de vibrantes surprises que votre serviteur s'est bien gardé de vous dévoiler. 
S'il n'y avait qu'un grand spectacle à voir sur le plus grand écran possible cette année, c'est à n'en point douter celui-là. 

Dépassez vos a priori et assistez à la naissance d'un (futur) film culte.



Note :  9 /10   (ma version ado aurait mis 10, sans hésiter)





Conseillé : A ceux qui attendent un très bon blockbuster depuis plusieurs années.

Déconseillé: Aux allergiques à la naïveté des films Amblin et à la pop culture.




mardi 2 janvier 2018

Mon top 5 de 2017 et autres coups de coeur



BONNE ANNEE 2018!



2017 aura décidément passé très vite, enchaînant coups de coeur et déceptions cinématographiques à vitesse grand V. 

C'est donc après avoir fait un tri difficile parmi les 45 films vus au cinéma cette année que je vous sers, accompagnés de mes meilleurs voeux pour 2018, mon top 5, de la cinquième à la première place!



5. La La Land


"Euh...tu regarderais pas plutôt le film?"

(Critique complète via ce lien)

On pourrait palabrer des heures durant sur ce qui est objectivement un très bon film ou, très subjectivement, un beau moment (imparfait) de cinéma. 
Quoi qu’il en soit, Damien Chazelle donnait le la (La Land) en ce début 2017 et, même si son talent brut risque d’exploser bien plus fort avec le poids des années et de la maturité, il nous livre déjà une comédie musicale d’une profondeur rarissime.
Une œuvre qui fait appel à nos rêves et surtout aux sacrifices nécessaires à leur accomplissement, et qui délivre son message avec une justesse imparable.


----------

4. Au Revoir Là-Haut


"Le masque du bonheur est peut-être le plus dur à porter."

On poursuit ce classement avec ma plus belle surprise de 2017 et certainement le meilleur film français de l'année, le bien nommé Au Revoir Là-Haut de et avec Albert Dupontel, adapté du roman de Pierre Lemaitre.

Le cinéaste confirme ici tout le bien qu'on pense de lui en réalisant une oeuvre touchante, qui donne furieusement envie de se plonger dans le livre éponyme.
Il canalise ici toute ses envies d'irrévérence et de comédie absurde pour nous livrer un film post-guerre parfaitement rythmé, subversif, drôle et brillamment interprété par un casting d'exception (Laurent Laffite fait un méchant très crédible et Dupontel lui-même nous rappelle le grand Chaplin, sans oublier l'impérial Niels Arestrup et l'étoile montante Nahuel Pérez Biscayart). 

Seule ombre au tableau, il y a sans doute trop d'événements à raconter pour tout faire tenir dans ce bel écrin d'1h57 et l'attachement aux personnages n'en ressort pas aussi total qu'on l'espérait pour cristalliser toutes les émotions voulues.
Néanmoins, cette comédie dramatique à la direction artistique extraordinaire et au ton juste tire le cinéma francophone vers le haut. 
C'est donc un franc merci qu'il faut adresser à ce grand Monsieur qu'est Albert Dupontel.


----------

3. Ex-aequo: Get Out et Dunkerque


Rira bien qui rira le dernier.

(Critique complète via ce lien)

Thriller horrifique teinté de satire sociale avec pour toile de fond la discrimination raciale secouant les cages dorées de l’histoire américaine, Get Out est certes un pamphlet propice à la vive discussion mais plus encore : c’est un film inattendu, qui nous bouscule sans crier gare. 
Il fait temporairement revivre un cinéma de genre qui ne doit son agonie qu’à ceux qui vont exactement là où on les attend, quitte même à déféquer sur leur propre univers filmique.

Soyez curieux, vous (n’)en ressortirez (pas in)différents.




"♫ Oh mon bateauuuuuuuuuu! ♫"

(Critique complète via ce lien)

Avec DunkerqueChristopher Nolan surprend une fois de plus ; ne nous racontant pas une histoire menant à la victoire mais bien à une cinglante retraite, il nous fait vivre à travers le regard d’un casting impeccable et de son compositeur de génie, non seulement l’impact écrasant des forces guerrières jadis en présence mais aussi et surtout la puissance que peuvent revêtir de modestes actes de bravoure, avec pudeur et sans traditionnel carton-épilogue nous racontant le devenir d’untel avec sa femme et ses gosses après la guerre (merci !). 

Manque juste à l’appel un solide lien émotionnel pouvant véritablement bouleverser mais, après tout, être totalement bluffé ce n’est déjà pas si courant.

----------

2. Coco


Tout le coeur du film en une seule image.


Au delà de leurs graphismes toujours plus impressionnants, c’est bien grâce à la pertinence et à la sensibilité de leurs messages que les productions Pixar jouissent de leur belle réputation.
Coco ne déroge pas à la règle avec son intrigue tournant autour de la mort, de l’oubli et de la force évocatrice et spirituelle du souvenir.
Sous ses allures de comédie (trop) légère et (superbement) musicale, le film d’animation nous prend par la main et nous emmène dans le monde des morts à la sauce mexicaine, où tout est coloré et jovial

Tout ? Non ! 
Mais je vous laisse découvrir à quel point le drame s’immisce dans le quotidien du jeune musicien Miguel et, foi de Post-générique, si vous n’êtes pas émus (ou carrément liquéfiés) par Coco, vous êtes des robots ! 

----------

1. Blade Runner 2049

"Dessine-moi un mouton...électrique."


Arrivé 35 ans après l’original, Blade Runner 2049 est un film impressionnant, capable de rester fidèle à son prédécesseur tout en trouvant les moyens de le transcender. Il fait partie de cette rare lignée d’œuvres qu’on appelle les classiques instantanés et c’est pourquoi il est mon film de l’année.

Ryan Gosling est l’agent K (non, pas de Men in Black), un blade runner dont la mission est identique à celle du Deckard campé par Harrison Ford dans l’original : retrouver et éiminer les derniers Replicants (= androïdes) rebelles.
A mesure que K accomplit sa mission en parcourant ce monde futuriste, 2049 nous pose sa question centrale : Faut-il encore et toujours faire la différence entre réplicant et humain ?

En effet, La frontière entre l’Homme et la machine est ici plus floue que jamais et les effets de cette confusion renferment tout le poids émotionnel que doivent porter les personnages et, par extension, le spectateur.
Le réalisateur Denis Villeneuve et son équipe ont transformé le budget de 150 millions de $ non pas en un spectacle lambda truffé d’action, mais bien en une œuvre d’art très contemporaine.

Filmé par le légendaire directeur photo Roger Deakins, chaque image de Blade Runner 2049 est magnifique et ruissèle de couleurs, de vie et de sensibilité.
Ensemble, ils ont été capables de façonner une atmosphère réellement hypnotique;
ils ont non seulement parfaitement recréé le monde de Blade Runner, mais ils ont de surcroit su le développer en partant des solides bases dans lesquelles il s’ancrait pour mieux s’en affranchir et rendre cet univers plus fascinant qu’il ne l’était jadis.

2049 sonde ainsi la célèbre fin ambiguë de son aîné en suivant les traces de Rick Deckard…et quand Harrison Ford apparaît enfin à l’écran, on se dit que l’attente en valait largement le coup : son interprétation taciturne et poignante dépeint parfaitement ce qu’il a pu endurer sur les 30 dernières années de vie du personnage.

Par ailleurs, chaque performance du casting est très juste ; que ce soit Ryan Gosling qui apporte ici de belles nuances à son jeu monolithique ou son opposante directe Sylvia Hoeks rappelant les meilleures heures de Terminator, en passant par la-trop-belle-pour-être-vraie-et-hyper-crédible-en-hologramme de Joi(e), Ana de Armas ; chaque rôle, jusqu’au plus microscopique, nourrit avec brio le macrocosme de Denis Villeneuve.

En outre, l’une des plus grosses craintes à l’idée de voir débarquer une suite au Blade Runner de Ridley Scott était de se retrouver face à une œuvre tentant de répliquer (hum) son esthétique visionnaire en y injectant simplement une histoire hollywoodienne de flic des plus bateaux comme tout bon remake déguisé qui (ne) se respecte (pas).

Miraculeusement,  Blade Runner 2049 est une vraie suite qui se permet de jouer une autre partition sur les thèmes de l’original sans les cannibaliser ni les esquinter rétroactivement parlant.
Il cultive dès lors les éléments fertiles d’antan pour donner ce film riche, profond et malin, quoiqu’un chouilla prévisible et longuet, visuellement éblouissant et foisonnant de grands concepts de science-fiction. 
Le tout porté par une bande originale onirique d’Hans Zimmer et Benjamin Wallfisch.

Malheureusement, ce tout grand film a fait un bide au box-office
De quoi donner raison aux producteurs qui laissent de moins en moins de liberté aux vrais auteurs-réalisateurs du cinéma actuel.
La SF pure est-elle devenue un genre boudé du grand public ? Ou la longueur du film en aurait-elle rebuté plus d’un ? A moins que ce ne soit le prix excessif du billet
Quel dommage.

Sachez qu'il n’est en tout cas pas du tout nécessaire d’avoir apprécié l’œuvre de Ridley Scott pour adorer celle de Denis Villeneuve.
Et c’est de loin le plus grand tour de force de Blade Runner 2049.

----------

Mentions spéciales


Meilleures séries TVMarvel's The Punisher et Stranger Things Saison 2 


"Ah, toi aussi t'as un problème de coiffeur?"

A ma gauche, toute la puissance et le charisme de Jon Bernthal pour nous asséner cette énorme claque qu'est la première saison de The Punisher. 
Une oeuvre éloignée des poncifs habituels de Marvel, qui ne sous-estime jamais l'intelligence du spectateur.

Cette série Netflix nous emmène sur les traces d'un homme brisé, traumatisé par la mort de sa famille et cherchant à se venger tout en mettant malgré lui les pieds dans un complot terroriste qui le dépasse complètement. 
Rarement une oeuvre filmique n'aura traité des véritables blessures de guerre avec autant d'empathie et de justesse.
Les dérives du patriotisme et les démons intérieurs d'un pays malade sont au coeur d'un scénario déroutant, porté par la performance incroyable de cet acteur aux allures de jeune De Niro


Oui, Marvel's The Punisher est sans conteste mon plus gros coup de coeur audiovisuel de l'année, ciné et tv confondus.



"Mais... la saison 3 n'arrive qu'en 2019 ?!"

A ma droite, l'essai transformé de Stranger Things qui, avec cette saison 2, marque un tournant plus sombre dans son univers branché 80's

La série ose enfin sortir la tête du carcan d'influences pour nous raconter une histoire plus originale que dans sa saison 1 labellisée 100% nostalgie.

Cette fois, les personnages composent des duos aussi surprenants que réussis et les acteurs confirment tout le bien qu'on pensait d'eux l'an dernier. 
Mentions spéciales à Gaten Matarazzo toujours plus drôle et touchant en Dustin et Millie Bobby Brown qui gagne encore en charisme et talent cette année. 

Jusqu'où ces stars naissantes iront-elles?

En tout cas, le cocktail à mi-chemin entre références et nouveautés est détonnant; chaque épisode est comme un petit cadeau de Noël à déballer tant on se régale de l'évolution des personnages et d'une intrigue qui s'assemble parfaitement (avec une petite réserve pour l'épisode 7 dont l'enjeu peine à convaincre) pour nous conduire à un final palpitant, riche en émotions.

Vivement la saison 3!



En tant qu'amateur de salles obscures avec le plus grand écran possible, me voilà contraint d'admettre que Netflix commence tout doucement à mettre le Cinéma à l'amende  sur la qualité du contenu proposé au public. 
Une tendance qu'il faudra surveiller de près en cette nouvelle année.

PS: Je n'ai pas encore vu la fameuse série intitulée Dark.


Meilleures actrices : Millie Bobby Brown (Stranger Things)/ Doria Tillier (Mr et Mme Adelman)

Meilleurs acteurs : Jon Bernthal (Marvel's The Punisher)/ Andy Serkis (La Planète des Singes: Suprématie)


Meilleure bande originale : La La Land de Justin Hurwitz

----------



La mention Star Wars


"♫ Résiste, prouve que tu existe. Même sans charisme. ♫"

Dans une galaxie lointaine, très lointaine des meilleures films de l'année....
Comment clôturer ce bon cru sans parler de ce petit film que personne n'attendait, Star Wars : Les Dernier Jedi...?

L'épisode VIII est sans doute celui qui divise le plus les amateurs (ou non) de la saga intergalactique.
Après un épisode VII lorgnant un peu trop du côté de la tranquillité et du remake, ce nouveau volet prend au contraire pas mal de risques avec la "mythologie" que Lucas a cédée à Disney il y a quelques années. 

Et force est de constater que le film n'est pas la purge tant décriée sur le web; ok, la trame secondaire centrée sur les personnages de PoeFinn et Rose est tout à fait dispensable et ces nouveaux personnages manquent cruellement de charisme mais l'intrigue principale, tournant autour de Rey (Daisy Ridley impressionne), Kylo Ren (Adam Driver enfin convaincant!) et Luke (Mark Hamill, bien meilleur acteur maintenant que jadis) n'a aucun mal à divertir, voire à passionner grâce à cette notion de Force, plus mystique et attirante que jamais.

Malheureusement, l'équilibre entre les différents enjeux de l'oeuvre est bancal et il faudra attendre l'épisode IX pour donner une légitimité à cette trilogie qui se cherche encore, voguant entre mise en scène diablement iconique et moments d'égarement difficiles à digérer.
Un ultime épisode qui, comme à l'époque de la prélogie avec La Revanche des Sith, sera le vrai "juge de paix" d'une saga qui a réellement besoin d'un grand film pour se réconcilier avec son public.

Que la Force soit avec l'équipe derrière Star Wars: Episode IX.