jeudi 6 septembre 2018

Critique de Jessie


Lequel des deux dort au milieu du lit? Vous avez 4h.


Date de sortie: 29 septembre 2017 sur Netflix (1h 43min)
De Mike Flanagan
Avec Carla Gugino, Bruce Greenwood, Carel Struycken,…
Compositeur: The Newton Brothers
Genres: Drame, Thriller, Horreur
Nationalité: Américaine




 Jessie, une excellente pub contre le Viagra.

2017 fut une sacrée année pour les adaptations de Stephen King, tout du moins en termes de quantité plutôt que de qualité ; le remake télévisuel de The Mist reçut un accueil très mitigé, la presse et les spectateurs n’eurent guère d’intérêt pour une Tour Sombre qui se rêvait initiatrice de franchise mais au final plutôt loupée. 
Et personne ne vit vraiment la série Mr Mercedes.
Pour sauver la mise, Ça est devenu l’un des films d’horreur les plus rentables (et acclamés) de l’Histoire.
A l’heure qu’il est, ses fans en attendent impatiemment le Chapitre 2, prévu pour septembre 2019.
Un gros succès qui, ironiquement, fit de l’ombre à une autre adaptation automnale plutôt réussie d’un roman du King : Jessie.
Jessie (Carla Gugino) et Gerald (Bruce Greenwood) forment un vieux couple espérant pimenter leur vie sexuelle en se laissant tenter par un week-end coquin à la campagne, en maison isolée.L’idée de Gerald: menotter Jessie aux montants du lit pour se livrer, tous deux, à un jeu de rôle passionnel.
Cependant, les ébats deviennent rapidement trop brutaux et Gerald succombe à une crise cardiaque, laissant son épouse fermement attachée au lit.

Jessie doit alors user de son instinct de survie pour se sortir de ce mauvais pas tout en luttant contre son propre esprit, qui s’effrite sous le poids de la panique et de la fatigue.
Souvent, Un seul élément permet de rehausser l’intérêt d’une intrigue tirée par les cheveux et de la rendre immersive : un pied solidement ancré dans le sol, dans la réalité. Une capacité à poser et à répondre à cette question :
« Que feriez-vous dans pareille situation ? »
En 2016, 10 Cloverfield Lane et Pas un Bruit maîtrisaient déjà cet aspect via d’ingénieuses femmes (ou cheatées, selon le point de vue) refusant de tomber en mode victime face à des situations terrifiantes, lorgnant vers le fantastique. Une tendance atteignant d’ailleurs la consécration cette année avec l’excellent Sans Un Bruit, mais ne nous égarons pas.
Car c’est plutôt l’ADN de l’horrifique home invasion Pas un Bruit que contient Jessie, fait peu surprenant quand on sait qu’ils sont tous deux réalisés par Mike Flanagan, qui montre une nouvelle fois une aptitude hitchcockienne à extraire tout le suspense d’un cauchemar à huis clos (attendez de voir ce qu’il fait d’un verre d’eau juste posé là, de manière anodine).
En effet, un splendide sens de l’imprévisibilité parcourt ce Jessie alors que Flanagan a dû rencontrer certaines difficultés à convertir un postulat de base minimaliste en une œuvre de 105 minutes.
Pourtant, il y a ici bien plus qu’une histoire de survie en jeu et quand les premières minutes de séquestration se transforment en heures, la peur de Jessie prend vie ; elle entre en conversation de plus en plus déséquilibrée avec (notamment) elle-même et nous en apprenons davantage sur son obscur passé via quelques flashbacks.



 « I have a dream… »


Le don qu’à Stephen King pour manipuler lignes du temps et perspectives peut s’avérer épineux pour les téméraires adaptant son œuvre mais dans l’ensemble, Flanagan et son scénariste attitré Jeff Howard ont fourni du bon boulot, tissant ensemble l’étoffe du personnage principal avec intérêt sans briser le rythme du récit conté.
Jessie est aussi une belle vitrine pour Carla Gugino, totalement sous-exploitée dans le showbusiness. Elle aborde ce rôle périlleux avec brio, malgré les restrictions de mouvement (jouer sans se mouvoir, c’est jouer sans aucun artifice et se mettre à nu).
C’est également une intrigue recélant un percutant sous-texte sur la maltraitance sexuelle, le long-métrage nous offrant par ce biais plus d’humanité que la majorité des films d’horreur actuellement régurgités par l’industrie.
En outre, Les fans du genre seront également satisfaits de la présence d’une scène gore dans le troisième acte. Détournement de regard assuré…
Néanmoins, c’est aussi vers sa conclusion que l’adaptation de la page à l’écran se révèle un poil plus forcée : une nouvelle phase d’exposition fait irruption dans une œuvre qui semble prier pour qu’on lui mette un terme ; une narration en voix-off qui fait quitter au récit ses rails dorés le temps d’une fin qui  paraît beaucoup plus propice au support papier qu’à l’écran, toute notion de fidélité mise à part.
Cependant, aussi maladroite que cette séquence finale puisse paraître, Flanagan et Gugino bossent dur pour nous la livrer et il y a dans cet écrin brouillon un message vital à propos de la Femme ripostant contre la manifestation d’une virilité extrême et toxique, une thématique qui donne au film une voix très actuelle, stridente mais nécessaire.




Bah oui Gégé, quelle idée aussi!


En tout cas, avec la série Castle Rock et le Chapitre 2 de Ça en pleine production, l’obsession qu’a Hollywood pour Stephen King ne faiblit pas.
Et si Jessie ne jouit pas d’un atterrissage parfait, le long-métrage suggère, qu’adaptée avec justesse, l’œuvre de King perdurera sans problème sur nos écrans.
Personnellement, nous aurions pourtant préféré découvrir ce thriller en salles plutôt que sur Netflix, histoire de laisser éclater le talent de Carla Gugino au grand jour en lieu et place d’une sortie trop discrète en streaming.
Un éternel débat.
Note :  7 /10

Conseillé : A ceux qui aiment les thrillers dérangeants.

Déconseillé: A ceux qui n'en peuvent plus de Stephen King.





samedi 25 août 2018

Rétrospective Mission: Impossible (6 films, avec spoilers)

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Avec Mission : Impossible, Tom Cruise s’est-il embarqué dans un Ego trip surdimensionné ou a-t-il simplement bâti autour de lui une saga d’espionnage qui est devenue bien plus que cela ? Cette question donne lieu à de nombreux désaccords mais il y a une chose sur laquelle (quasi) tout le monde se rejoint: depuis quelques épisodes, M:I est devenu un mètre-étalon pour le cinéma d’action actuel.
Revenons sur les six films qui font tant parler d’eux cet été le temps d’une rétrospective totalement subjective, bien entendu.

Mission : Impossible

Date de sortie 23 octobre 1996 (1h 50min)
De Brian De Palma
Avec Tom Cruise, Jean Reno, Henry Czerny,…
Genres Espionnage, Thriller, Action
Nationalité Américaine

Il fallait bien un cinéaste de la trempe de Brian de Palma pour lancer ce qui allait devenir une grande saga du cinéma moderne.
Et ce premier opus a tout ce qu’il faut pour être une réussite : un certain respect de la série originelle, des jeux de dupes et autres twists, des scènes cultes, des acteurs charismatiques… et pourtant Mission : Impossible n’est pas LE grand film que nous attendions.
Pourquoi ?
Sans doute parce que chacun des acteurs secondaires est sous exploité, que l’alchimie entre Emmanuelle Béart et Tom Cruise est poussive, que l’intrigue autour de la liste-NOC est inutilement compliquée et qu’un hélicoptère volant dans le tunnel sous la Manche peut sérieusement heurter votre suspension consentie d’incrédulité.
Pour l’anecdote, la critique américaine trouva l’intrigue tellement tarabiscotée que la Paramount exigea un scénario épuré pour la suite. Le moins qu’on puisse dire c’est que leur souhait a été un poil trop pris au pied de la lettre…
Enfin, même si l’explosif The Rock (le film de Bay, pas la montagne de muscle la mieux payée au monde) fut en 1996 un énorme concurrent au box-office et bien que Tom Cruise livra l’une de ses meilleures prestations la même année dans un tout autre film – Jerry Maguire – Mission : Impossible premier du nom marqua, presque à son insu, une date dans l’histoire du cinéma d’action.
Meilleure scène:


Mission : Impossible 2

Date de sortie 26 juillet 2000 (2h 06min)
De John Woo
Avec Tom Cruise, Dougray Scott, Thandie Newton,…
Genres Action, Aventure, Thriller
Nationalités Américaine, Allemande

4 ans plus tard, alors que plus personne ne l’attendait, une suite au film de De Palma sort.
Mis en boîte par John Woo, le maître du cinéma d’action Hong-Kongais, M : I 2 est une orgie de scènes d’action hyper-chorégraphiées prouvant que le réalisateur a eu les mains libres sur ce projet, sur lequel il s’éclate totalement, allant même jusqu’à nous caser à l’écran ses colombes sur fond d’explosion et démarche badass du héros.
Mais le public dans tout cela ?
A l’époque, il en redemandait visiblement vu le carton historique que fut M : I 2 au box-office. Pourtant, ce Mission : Impossible n’en porte que le nom : scénario bas du front, jeu de masques jusqu’à en frôler la parodie et absence de travail d’équipe (à part Luther qui fait le minimum syndical).
Bref, John Woo fait du John Woo : ça tire dans tous les sens sans trop réfléchir et même Ethan Hunt semble avoir changé, lorgnant du côté de 007 avec son côté arrogant et séducteur, d’ailleurs bien appuyé par la superbe Thandie Newton en simili Bond girl qui passe des bras du gentil à ceux du méchant (ou l’inverse ?) dans une composition digne des James Bond les plus clichés. Elle aura au moins le mérite de participer à la plus belle scène du film : son « sacrifice », rendu quasi poignant par la bande originale d’Hans Zimmer.
Avec le recul, le spectateur d’aujourd’hui verra sans doute en M : I 2 une œuvre de série B au méchant risible, oscillant du fun au cheesy tel un métronome du plaisir coupable par excellence. Pour la postérité, Ethan Hunt en ressortira au moins doué en pilotage et en combat au corps-à-corps. Des talents jusque là bien cachés (Cruise rétorqua en 96 n’être « qu’un acteur » à De Palma qui lui demandait de faire une petite cascade lui-même) qui offriront à l’avenir de beaux moments de bravoure à Tom Cruise, puisque John Woo ne fut heureusement pas le fossoyeur de la saga.

Meilleure scène:


Mission : Impossible 3




Date de sortie 3 mai 2006 (2h 06min)
De J.J. Abrams
Avec Tom Cruise, Ving Rhames, Philip Seymour Hoffman,…
Genres Action, Espionnage
Nationalité Américaine

Et si Ethan Hunt était humain. ? Et s’il avait des sentiments, des failles ? C’est sous cet angle que JJ Abrams décide d’aborder le retour d’Ethan Hunt, 6 ans après son nanardesque prédécesseur.
Qu’on se le dise, en 2006 le cinéaste est toujours bien ancré dans les séries qu’il produit/réalise (AliasLost,…) et cela se voit comme le nez de Cruise au milieu de l’affiche : flashforwards, flashbacks, twists et cliffhangers…Abrams, accompagné de son fidèle compositeur Michael Giacchino, réalise M : I 3 tel un épisode de série tv à gros budget en y injectant des thématiques qui lui sont chères. La plus visible étant celle d’un homme aspirant à vivre paisiblement, à se ranger, voire à faire le deuil d’une ancienne vie, à qui il va arriver des événements extraordinaires.
Retour au véritable travail d’équipe avec, outre la formation d’un jeune agent voué à prendre la relève, l’entrée (éphémère) de Jonathan Rhys Meyer et Maggie Q dans l’équipe.
L’éternel Ving Rhames (Luther) reste présent mais c’est l’arrivée discrète bien que primordiale de Simon Pegg (Benji) dans la saga qui fait déjà le plus mouche grâce à sa touche d’humour nerdysans lourdeur, typique du brillant acteur britannique.
De plus, l’alchimie entre Tom Cruise et sa fiancée à l’écran Michelle Monaghan (Julia) fonctionne très bien et on s’attache à ce nouveau couple sans que cette dernière n’ait besoin de jouer à la demoiselle en détresse durant toute la mission.
Si l’intrigue est plutôt simple, agrémentée d’une « Patte de Lapin » en guise de mystery box/MacGuffin comme les affectionne Abrams, on retiendra surtout son redoutable méchant, campé à merveille par Phillip Seymour Hoffman (RIP) qui lui donne un côté flegmatique et sadique à la fois, doté d’un regard reptilien et d’un comportement impitoyable qui parviennent à terroriser Ethan Hunt, nous permettant enfin de revoir Tom Cruise jouer une partition dramatique le temps de quelques scènes, quel bonheur !
Pourtant, même si le rythme est irréprochable et que certaines scènes sont efficaces (celle du pont est scotchante), on sent que Jason Bourne est passé par là et qu’Abrams s’inspire un peu trop de la nervosité de Paul Greengrass dans l’action; un peu plus de singularité aurait certainement rendu l’une ou l’autre séquence absolument mémorable, ce que M : I 3 ne possède pas réellement. Une absence de scène culte qui est d’autant plus mise à mal par la sortie de Casino Royale cette année-là (heureusement, à une autre période), qui lui regorge de moments qui resteront à jamais gravés sur la rétine des amateurs d’action/espionnage.
Au final, M : I 3 aurait pu être la très bonne conclusion d’une trilogie mais l’avenir en fera plutôt l’épisode du renouveau de la saga, celui qui donne enfin de la profondeur à son personnage tout en lui offrant une thématique qui deviendra la plus importante par la suite : celle de la famille.
Meilleure scène:


Mission : Impossible – Protocole Fantôme

Date de sortie 14 décembre 2011 (2h 13min)
De Brad Bird
Avec Tom Cruise, Jeremy Renner, Simon Pegg,…
Genres Action, Espionnage, Thriller
Nationalité Américaine

Après avoir fait ses armes dans l’animation, le génial Brad Bird (Le Géant de Fer, Les IndestructiblesRatatouille) s’attaque au film live avec un tout gros morceau qu’est ce M :I 4.
Quel virage cette saga allait-elle bien pouvoir opérer après avoir laissé Ethan Hunt quitter l’IMF (Impossible Mission Force) main dans la main avec sa future épouse ?
Réponse: Hunt est en prison et son équipe lui sauve la mise dès l’introduction pour ne plus le lâcher ensuite ; Benji est de retour et la sublime Paula Patton (Jane Carter) fait une nouvelle recrue de choix pour former un nouveau trio (plus tard rejoint par Jeremy Renner) qui ne traînera pas à être désavoué par la hiérarchie.
Partant de là, les ingénieuses trouvailles de Brad Bird s’enchaînent devant nos yeux et les divers gadgets sont plus funs les uns que les autres (ah cet écran-leurre dans un couloir du Kremlin !), même si le cinéaste prend un malin plaisir à tous les faire dysfonctionner, mettant la mission toujours plus en péril.
Visuellement, le film est à tomber et les séquences de bravoure se succèdent sans réel temps mort pendant la première moitié de l’intrigue. On notera même l’utilisation de l’IMAX pour la fameuse scène de Dubaï au sommet du Burj Khalifa; un moment à couper le souffle en compagnie de Cruise lui-même, de plus en plus solide en acteur/cascadeur.
Durant la seconde moitié, cependant, le rythme retombe fortement jusqu’au climax et l’obscure sous-intrigue concernant le nouveau personnage incarné par Jeremy Renner n’est pas des plus intéressantes; probablement en raison de son développement dans un tunnel de dialogues plutôt que dans un astucieux flashback.
Un brin dommage quand on connaît la capacité de Bird à créer de l’empathie pour un personnage aperçu seulement quelques poignées de secondes en début de film (Josh Holloway).
Autre bémol, le méchant incarné par Michael Nyqvist (RIP bis) de plutôt belle manière, respirant une glaçante intelligence, ne bénéficie pas d’un traitement suffisamment habile pour arriver à la cheville du vilain précédent.
Léa Seydoux, elle, fait le job en « sous-boss » même si ses détracteurs (dont je fais partie) diront que le rôle est trop facile pour elle étant donné le peu de sympathie que dégage l’actrice en temps normal.
L’issue de son duel face à Paula Patton n’en est que plus délicieuse.
Pour raccrocher les wagons, la présence de Luther dans les ultimes minutes fait le café et le caméo de Julia sous les violons de Michael Giacchino permet d’assurer la continuité in extremis et de rappeler que le petit cœur d’Ethan bat encore , alors qu’Abrams co-produit cet opus sous la bannière de Bad Robot pour en assurer un certain fil rouge.
Une décision minimaliste qui se défend par la volonté de garder chaque épisode unique par rapport au précédent même si nous avons désormais affaire à de vraies suites assumées par Cruise & co.
Meilleure scène:

Ca va, je déconne:


Mission : Impossible – Rogue Nation

Date de sortie 12 août 2015 (2h 12min)
De Christopher McQuarrie
Avec Tom Cruise, Jeremy Renner, Simon Pegg,…
Genres Action, Espionnage
Nationalité Américaine

Qui dit nouvel épisode, dit nouveau réalisateur et ce M : I 5 ne déroge pas à la règle pour accueillir Christopher McQuarrie à la barre ; brillant scénariste de nombreux films de Bryan Singer, il fit la rencontre de Tom Cruise sur le plateau de Valkyrie puis le retrouva en réalisant Jack Reacher, toujours avec l’acteur en tête d’affiche. Les deux compères ne se quittent plus depuis.
Mcquarrie apporte ici plus de noirceur à la saga, que ce soit en termes de photographie ou de ton, moins porté sur l’humour que son prédécesseur même si Benji et Luther maintiennent le curseur de la légèreté à bon niveau.
Exit Paula Patton et bienvenue à Sarah Ferguson (Ilsa Faust) en agent double puis Alec Baldwin (Alan Hunley) en chef plus ou moins officiel de l’IMF, deux nouveaux atouts de taille pour former un casting flamboyant, avec toutefois un remarquable pas en arrière pour Jeremy Renner par rapport à son rôle dans Protocole Fantôme.
L’introduction du Syndicat (après simple mention dans M : I 4) est une riche idée qui permet de ressentir un danger plus prégnant que jamais autour de Hunt et sa bande.
Ce nouveau groupe terroriste composé d’agents surentraînés qui se sont rebellés contre leur pays nous permet de faire la connaissance d’un nouvel antagoniste en la personne de Solomon Lane, joué par un Sean Harris en roue libre, qui en fait des caisses avec sa petite voix nasillarde de vilain machiavélique alors que son look et sa présence font froid dans le dos ; une approximation parfaitement rectifiée dans Fallout.
Mais à part cela, quoi de neuf ?
Un Tom Cruise toujours plus accro à l’adrénaline qui se cramponne au flanc d’un Airbus A400 en plein décollage puis tourne une scène d’apnée à en donner des cauchemars aux ablutophobes.
Il permet une nouvelle fois au film de jouir de séquences époustouflantes, sans oublier la magistrale scène de baston dans les coulisses de l’Opéra de Vienne, monument de suspense à l’issue imprévisible, et autres courses poursuites en voiture/moto dont la saga a fini par s’ériger en modèle du genre.
Autrement, Rogue Nation fait figure d’épisode un peu terne et fouilli, faisant retomber la saga dans la froideur de ses débuts à l’image d’un Ethan Hunt plus que jamais en mode machine si on met de côté la petite accolade anecdotique qu’il fait à Ilsa Faust dans le dernier acte.
Enfin, le seul moment impliquant les jeux de masques inhérents à la saga est tellement prévisible qu’il fit naître des rires nerveux en salle obscure.
Un recul qualitatif qui était en fait un grand pas d’élan pour le grand bond de savoir faire que représentera M : I Fallout.
Meilleure scène:


Mission : Impossible – Fallout

Date de sortie 1 août 2018 (2h 28min)
De Christopher McQuarrie
Avec Tom Cruise, Henry Cavill, Rebecca Ferguson,…
Genres Action, Espionnage
Nationalité Américaine

Exception notable par rapport aux autres épisodes, Fallout est mis en scène par le cinéaste du précédent M : I , à savoir Christopher McQuarrie.
Du coup, Fallout est-il suffisamment différent de Rogue Nation ? La réponse est un oui, un grand OUI ! A un point tel que M :I 5 ressemblerait presque au brouillon de cette nouvelle aventure d’Ethan Hunt.
Pourquoi ?
Parce que dès l’intro, et ce jusqu’au final, le rythme est réglé comme du papier à musique et le scénario est limpide, simple sans être idiot, soulevant même quelques questions d’éthiques rares dans un blockbuster moderne.
On y reprend donc une dose d’Ethan Hunt accompagné de ses acolytes Luther et Benji sur la piste d’un mystérieux terroriste nommé John Lark, travaillant avec les 12 rescapés du Syndicats, rebaptisés les Apôtres.
Ces derniers cherchent à acquérir le plutonium nécessaire à la fabrication de bombes nucléaires qui permettront de faire exploser la planète.
Tandis que fes faits et gestes d’Ethan sont observés et supervisés par la CIA, représentée par le charismatique Henry Cavill (agent Walker), Ilsa Faust repart, elle, en cavalier seule; ayant pour mission d’abattre Solomon Lane, l’ancien leader du Syndicat qui est derrière les barreaux depuis 2 ans mais dont le transfert doit servir de monnaie d’échange…
En somme, du Mission : Impossible pur jus survitaminé avec un Tom Cruise en pleine forme, voilà ce à quoi nous donne droit Fallout.
Mais là où les scènes d’action donnaient l’impression d’être uniquement présentes pour relancer l’intérêt de Rogue Nation, ici les séquences haletantes sont parfaitement intégrées au script, servant même à tisser des liens entre personnages en posant sur la table à plusieurs reprises le dilemme du tramway : faut-il mettre en péril la mission pour sauver un seul élément de l’équipe ? C’est en répondant à cette question que Christopher McQuarrie nous montre un Ethan Hunt plus mûr, plus réfléchi et altruiste que jamais, s’excusant plusieurs fois pour les dommages collatéraux que la mission occasionne.
Du jamais vu pour un héros d’action made in Hollywood.
Même le retour de Michelle Monaghan en Julia sonne juste et fait plaisir, permettant de tourner une page difficile dans la vie sentimentale de notre agent virevoltant.
Côté mise en scène pure, vous aurez certainement lu/entendu à plusieurs reprises que Falloutétait le meilleur rollercoaster vu au ciné depuis Mad Max: Fury Road ou encore qu’il ressemblait à s’y méprendre à une œuvre de Christopher Nolan.
Tout ceci est correct et on pense effectivement à Nolan pour le côté implacable du montage ainsi que le réalisme insufflé dans la photographie et la manière de filmer en très grand angle, avec de nombreux plans en IMAX et un minimum de CGI (d’ailleurs assez brouillons sur la fin).
La bande-originale très « Zimmerienne » rapproche aussi cet épisode des films de Nolan mais c’est, sur cet aspect, plutôt déplaisant ; en effet, en tant qu’amateur de musiques de films, il est très difficile de ne pas sortir de Fallout en entendant des accords et instrumentations rappelant beaucoup trop The Dark Knight Rises ou Inception.
Enfin, là où Christopher McQuarrie s’écarte de l’autre Christopher, c’est sur la brutalité des corps-à-corps ; filmés par Nolan de manière quelque peu édulcorée (à l’exception du premier duel Batman-Bane, la violence Nolanienne étant d’ordinaire plus psychologique que physique) ou avec des figurants à la ramasse dans sa trilogie Dark Knight, ils sont d’une étonnante brutalité dans l’œuvre de McQuarrie : les protagonistes n’hésitent pas à tout casser sur leur passage et les coups portés sont d’un réalisme bluffant.
Mention spéciale à l’âpre duel Ilsa-Solomon, usant de diverses techniques de strangulations (cordages, clés de jambe,…) nous scotchant à notre siège jusqu’au KO final.
Le film transpire le jusqu’au boutisme et ce n’est pas le plan sur un Tom Cruise boîtant – en vérité blessé à la cheville plusieurs semaines durant – après un saut vertigineux qui viendra me contredire.
Et comment ne pas mentionner toute la partie parisienne de M :I Fallout ?
Véritable bijou rythmique et dramatique ; non content de contenir la meilleure course poursuite de la saga, ce moment renferme également un superbe hommage aux policiers essayant tant bien que mal d’assurer la sécurité de la Ville lumière face au terrorisme.
Sans conteste ma scène préférée de ce volet, à savourer en VO pour voir Mr Cruise s’exprimer en français et en jouer avec brio, nous rappelant quel fabuleux comédien il reste également dans les moments intimistes (même en langue étrangère !).
On pourrait disserter des heures durant sur ce qui est l’un des tout meilleurs blockbusters (voire films, tout court) de l’année, on se contentera cependant de conclure sur le fait que Mission : Impossible Fallout est le volet le plus réussi d’une saga qui pourrait très bien s’arrêter là pour nous donner un éternel sentiment de satisfaction.
En voilà une belle revanche sur l’agent 007 qui ne vend plus de rêve actuellement.
Mais bon, ce serait sans compter sur la verve de l’infatigable Tom Cruise qui n’en restera certainement pas là.
Quelle surprise pourrait-il produire pour relancer la machine ?
Peut-on espérer qu’il nous sorte un jour un Nolan de son chapeau en lui offrant plus de libertés qu’il n’en aurait sur un James Bond (cf. l’éviction toute récente de Danny Boyle pour différends artistiques) ?
Ou un autre grand réalisateur ?
En tout cas, ce chapeau nous pouvons déjà le tirer à Christopher McQuarrie, bien décidé à nous laisser sur un quasi chef-d’œuvre du genre qui rendra la tâche très compliquée à son successeur.
On ira même jusqu’à dire que faire mieux, c’est mission impossible.
Meilleure scène: