dimanche 25 décembre 2016

Critique de Tu Ne Tueras Point


"C'était pas ma guerre, colonel."


Pas de bon « film magique de Noël » à signaler en cette fin année, du coup votre blogueur ne pouvait pas laisser passer l’occasion d’ajouter une pierre à l’édifice de son futur top 5 de 2016
J’ai nommé le dernier long-métrage réalisé par Mel Gibson (et non, il ne joue pas dedans, il faut s’y résoudre), Tu Ne Tueras Point.

Derrière cet intitulé sorti des Dix Commandements se cache en vérité un film de guerre époustouflant.
Une « histoire vraie » peu banale qu’est celle de Desmond Doss, un jeune américain qui souhaitait servir son pays durant la Seconde Guerre mondiale sans toucher une arme, obéissant à de profondes convictions catholiques
D’abord pris pour un lâche voire un traître, Desmond sera petit à petit reconnu comme le héros de la bataille d’Okinawa pour ses exploits en tant qu’infirmier militaire. Un statut obtenu contre vents et marées, tant Américaines que Japonaises.

Etonnant d’un bout à l’autre de par son personnage principal aussi atypique qu’attachant, Tu Ne Tueras Point attendra contre toute attente sa deuxième moitié pour nous emmener au front et nous délivrer toute l’horreur du conflit.

Dans son premier acte, nous voguons ainsi entre histoire de famille compliquée (Hugo Weaving est magistral en père bienveillant mais alcoolique et parfois...violent), romance classique et lutte psychologique pour entrer dans une infanterie totalement opposée à la décision irrévocable de Desmond.

Le second acte lâche les chevaux et, aux commandes, Mel Gibson sort tout ce qu’il a dans les tripes pour nous impressionner :

    - Une direction d’acteurs impeccable avec en tête un Andrew Garfield impressionnant, qui ne se contente pas de porter ses camarades blessés sur son dos puisque le poids du film repose essentiellement sur ses propres épaules. Avec de surcroît quelques seconds rôles bien gratinés qui apportent une touche d’humour aussi surprenante que bienvenue aux scènes d’entraînement.

    Une mise en scène viscérale au sens propre puisque la violence guerrière n’avait plus été aussi graphique depuis Il faut sauver le Soldat Ryan, comme pour mieux illustrer ici le contraste entre le pacifisme du héros et cette boucherie d’Okinawa. 
     Sans oublier le sens figuré, puisqu’en prenant parti pour Desmond et son inébranlable foi, le spectateur (croyant ou non) est rapidement happé par le torrent d’émotions que véhicule son incroyable parcours, agrémenté de dialogues efficaces et de quelques flashbacks incisifs. Gorge serrée et ventre noué sont au programme.

    - Mention spéciale à la musique du petit frère d’Harry-Gregson Williams, Rupert, qui sans chambouler les compositions du genre, parvient tout de même à livrer l’un ou l’autre thème épique du plus bel effet.

Mais qu’aurait-on donc à redire sur la dernière œuvre de "Mad Mel" ? 
Disons que dans son jusqu’au-boutisme, le cinéaste appuie peut-être un peu trop fort son message et manque parfois de subtilité, notamment lors de la toute dernière charge héroïque des soldats américains qui semble quasiment hors-sujet dans un film ou l’horreur prévaut dans un second acte brillant. Cet aspect de l’hommage aux soldats paraît totalement superflu.


Néanmoins, après s’être quelque peu fourvoyé en tant qu’acteur récemment et s’être fait oublié derrière la caméra, Mr Gibson revient en très grande forme, coiffé de sa casquette de grand réalisateur pour nous offrir un superbe film au fond anti-guerre, un poignant plaidoyer en faveur de l'âpre combat pour son propre credo, celui qui peut rendre chacun de nous unique et inarrêtable.


Note :  9 /10


Conseillé...
Déconseillé...

    - Aux amateurs d'oeuvres qui ne glorifient pas les USA au front.

    - A ceux qui cherchent à être bluffés par une performance d'acteur.

    - A ceux qui se demandent en quoi un film sur la Seconde Guerre mondiale peut encore surprendre.
      

    - Aux âmes sensibles. Film très violent!





Je vous souhaite à toutes et à tous un Joyeux Noël et vous retrouve prochainement avec mon top/flop 2016 ainsi que mes films les plus attendus de 2017 !


dimanche 27 novembre 2016

Critique de Snowden



"Big Brother is watching you"


Oliver Stone fait partie de ces réalisateurs ayant visiblement mal digéré le passage à l’an 2000.
De l'humble avis de votre blogueur, ses dix derniers long-métrages oscillent entre le franchement mauvais (Alexandre, World Trade Center) et le tout juste moyen (Savages) sans jamais donner signe d’une éventuelle possibilité de résurrection. 
Nous étions alors très loin de ses plus belles œuvres que sont Né un 4 juillet, JFK ou encore Platoon.

C’est pourtant là que débarque Snowden, certainement l’excellent film qu’on attendait plus de la part du réalisateur subversif qui semblait s’être définitivement assagi tant sur le fond que sur la forme.

Mais qui est Snowden ? Pour les deux du dernier rang, Edward Joseph Snowden est un jeune informaticien qui réalisa son rêve de patriote idéaliste (comme le fut Stone dans sa jeunesse) lorsqu’il s’engagea en 2006 à la CIA puis à la NSA, un rêve qui se transforma rapidement en cauchemar lorsqu'il saisit l’ampleur de la surveillance mise en place à l’échelle mondiale par les Renseignements américains, s’introduisant sans scrupule dans notre vie privée.
Snowden décide alors de tout révéler à la presse en 2013, sacrifiant au passage sa propre liberté et ce très probablement pour le reste de son existence
Cette affaire n’est autre que le plus grand scandale d’espionnage de notre Histoire.

Ce qui frappe d’emblée le spectateur du film éponyme, c’est l’inspiration dont semble à nouveau disposer le cinéaste ; il multiplie les effets visuels symboliques et utiles à la narration tels que cette illustration du gigantesque réseau d’espionnage, ensemble de données personnelles qui prennent petit à petit la forme d’un œil ou encore ce dirigeant de la NSA parlant à Snowden via un écran géant le surplombant, nous rappelant immanquablement le Big Brother de George Orwell et contribuant à rendre le personnage principal minuscule et isolé par rapport à l’immensité de ce qui se trame autour de lui…autour de nous.
Une narration d’ailleurs éclatée entre passé et « présent » qui nous permet de suivre l’intrigue avec beaucoup intérêt, sans jamais s'y perdre, en la rythmant avec maestria sur 2h15 pour faire de Snowden un divertissement tout public plutôt qu’un documentaire (le brillant Citizenfour ayant déjà pris cette place), appuyé par une bande originale intense à défaut d’être originale (Craig Armstrong a un peu trop écouté du Zimmer).

Et c’est ici que le grand directeur d’acteur qu’est Oliver Stone se rappelle à notre bon souvenir, lui qui avait sublimé Tom Cruise dans Né un 4 juillet et Kevin Costner dans JFK réitère enfin ses bons choix en confiant le rôle principal de Snowden à Joseph Gordon-Levitt, acteur caméléon au sens noble du terme qui s’efface totalement derrière son personnage et livre ici l’une de ses meilleures performances dans une carrière qui prend un peu plus encore la tournure de celle des plus grands. 
Shailene Woodley campe Lindsay Mills, la compagne de l’informaticien et confère à l’œuvre un véritable cœur que l’on attendait pas forcément, les films traitant d’informatique et de lignes de codes étant généralement d’une implacable froideur. Ici, Stone place la relation Snowden-Mills au centre de l’intrigue et fait de ce couple à la belle alchimie le baromètre de l’état d’esprit d'Edward, sa paranoïa ne faisant que croître jusqu’à mettre en péril cette relation dont Lindsay est plutôt le pilier que le faire-valoir, une qualité relativement rare dans ce genre de métrage qui nous rappelle si nécessaire que derrière tout grand homme se cache une femme.

Héros moderne pour ne pas dire super-héros au vu des risques pris par le bonhomme à des fins purement démocratiques voire révolutionnaires, Snowden se voit offrir un grand film qui lui rend justice et relancera peut-être la carrière d’Oliver Stone au passage.
Le metteur en scène rebelle enfonce sans doute quelques portes ouvertes pour le spectateur connaissant le personnage sur le bout des doigts mais il devrait, dans son sillage, éveiller les consciences sur ce qui se passe derrière nos petits écrans.
Car, si personne n’est totalement dupe, savons-nous à qui nous confions notre vie privée et ce que nous faisons réellement pour la préserver ?

Note :  9 /10




Conseillé...
Déconseillé...

    -Aux inconditionnel(le)s de Joseph Gordon Levitt.

    -A ceux qui veulent en savoir plus sur cette sombre histoire.

    -A ceux qui doutent de la capacité de divertissement que peut avoir ce genre de film.
      

   - A ceux qui se fichent du sujet.